En bref
- La plupart des défauts du savon sont esthétiques. Ceux qui comptent pour la sécurité sont les poches de soude, la séparation et un savon trop riche en soude dans toute sa masse.
- Attendez deux ou trois jours avant de juger une fournée, puis cherchez des poches humides, des cristaux granuleux, du liquide qui suinte ou une couche huileuse, et testez tout ce qui paraît suspect.
- Dans la casserole, les ennuis viennent surtout du parfum, de la chaleur et de l’eau ; dans le moule, de la chaleur et de l’air ; pendant la cure, de l’oxygène, de l’humidité et de la lumière.
- Une fournée séparée peut souvent être sauvée en la cuisant dans la journée. Une fournée qui a pris avec des poches de soude va à la poubelle.
Sur cette page
Cette page passe en revue les problèmes que les savonniers rencontrent le plus souvent en saponification à froid, classés selon le moment où on les remarque. Chaque ligne dit à quoi ressemble le défaut, ce qui le cause d’ordinaire, que faire de la fournée que vous avez devant vous, que changer la prochaine fois, et si le savon peut être utilisé sans danger. Les sections qui suivent les tableaux traitent des cas où il faut trancher, et cinq guides approfondissent les problèmes les plus courants.
Dangereux, ou seulement laid ?
Un savon est dangereux quand il contient de la soude libre, et cela arrive de deux façons. Soit la fournée avait plus de soude que ses huiles ne pouvaient en utiliser, à cause d’une erreur de pesée, d’une huile oubliée ou d’une recette que personne n’a passée dans un calculateur ; soit la soude ne s’est jamais répartie uniformément dans les huiles, parce que la pâte a été coulée à la fausse trace, s’est séparée dans le moule ou contenait de la soude non dissoute. Presque tout le reste de cette page concerne l’aspect, le toucher ou la conservation.
Les signes de soude libre :
- des poches de liquide clair dans les savons coupés, ou du liquide qui suinte d’un savon frais ;
- des cristaux blancs durs, granuleux ou vitreux à l’intérieur du savon ;
- une couche huileuse sur une couche dure et crayeuse ;
- un savon agressif et friable dans toute sa masse, ou qui pique.
Pour contrôler une fournée suspecte :
- Attendez. DeeAnna Rouse, de Classic Bells, attend deux à trois jours avant de tester, pour laisser la saponification se terminer.
- Coupez et regardez, gants aux mains. Les poches, les cristaux et les couches se voient sur une face coupée, et ce sont les preuves les plus claires qui soient.
- Essayez une goutte de phénolphtaléine sur une coupe fraîche. Elle vire au rose à partir de pH 8,2 environ : un rose pâle qui s’installe lentement apparaît donc aussi sur un savon bien fait ; un magenta vif et immédiat, surtout en points ou en traînées, est le signe de la soude libre.
- Mesurez le pH correctement, ou pas du tout. Sur un pH-mètre étalonné, une solution à 1 % d’un savon bien fait donne environ 9 à 10, un peu plus s’il est surtout fait d’huile d’olive, et aucun savon pur, dans les chiffres de Kevin Dunn, n’atteint 12 : 12 ou plus signifie donc de l’alcali libre. Rouse constate que les bandelettes bon marché lisent 2 à 3 unités trop bas, et 1 partie pour mille de soude en excès n’élève le pH que d’environ 0,3 : une bandelette peut signaler un savon grossièrement trop riche en soude, mais pas blanchir un savon douteux.
Le contrôle définitif est un titrage de l’alcali libre ; Dunn considère comme sûr un savon qui contient moins de 1 partie pour mille d’hydroxyde de sodium libre. Un petit excès s’estompe pendant la cure : dans l’un des savons de Dunn, l’alcali libre du fond est passé de 4,9 à 0,9 partie pour mille en 60 jours. Les poches de soude, elles, ne s’estompent pas. Le traditionnel zap test, ou test de la langue, un bout de doigt porté à la langue, vous met du savon dans la bouche au moment où il a le plus de chances d’être caustique, et notre guide du pH explique pourquoi nous ne le recommandons pas.
Le guide du pH du savon détaille chaque test.
Les problèmes en un coup d’œil
Dans la casserole
| Problème | Ce que vous voyez | Causes habituelles | Que faire maintenant | La prochaine fois | Utilisable sans danger ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Accélération | La pâte épaissit bien plus vite que prévu, mais se verse encore | Parfum, pâte chaude, peu d’eau, graisses dures, long mixage au mixeur plongeant | Arrêtez de mixer, remuez à la main, coulez tout de suite un décor simple | Travaillez plus frais, avec toute l’eau ; incorporez le parfum à la main, en dernier | Oui |
| Prise en masse | La pâte prend en un bloc raide, souvent quelques secondes après l’ajout du parfum | Un parfum qui n’a pas fait ses preuves en saponification à froid : girofle et autres huiles riches en eugénol, beaucoup de notes florales et épicées | Tassez-la vite dans le moule, ou cuisez-la en saponification à chaud | Testez les nouveaux parfums sur une fournée de 500 g | À tester d’abord |
| Grainage | Des grumeaux durs comme des grains de riz dans une pâte encore fluide | Un parfum qui réagit avec les graisses dures | Lissez les grumeaux au mixeur plongeant, puis coulez | Testez les parfums, travaillez plus frais, mettez plus d’huiles molles | À tester d’abord |
| Fausse trace | Un épaississement granuleux une minute ou deux après l’ajout de la soude, avant tout parfum | Des graisses dures qui figent dans une pâte trop fraîche | Continuez à mixer jusqu’à ce qu’elle soit lisse | Faites fondre entièrement les graisses ; gardez assez chaude une pâte riche en beurres | À tester d’abord, si elle a été coulée |
| La trace ne vient pas | Pâte encore fluide et striée après plusieurs minutes de mixage | Un mixeur faible, ou une pâte fraîche et riche en olive ; ou trop d’huile ou d’eau, trop peu de soude, ou de l’hydroxyde de potassium à la place de l’hydroxyde de sodium | Continuez à mixer, jusqu’à cinq minutes, et revérifiez chaque pesée | Pesez tout ; de l’hydroxyde de sodium frais ; un mixeur plus puissant | À tester d’abord |
| Séparation | De l’huile qui s’accumule sur la pâte ou sur le pain coulé | Pas de vraie émulsion ; trop d’eau dans une recette lente ; un parfum qui ne se mélange pas ; une soude affaiblie ou le mauvais alcali | Dans la casserole, mixez de nouveau ; dans le moule, cuisez-la dans la journée | Mixez jusqu’à une vraie émulsion ; moins d’eau pour un savon riche en olive ; de la soude fraîche | Non |
« À tester d’abord » signifie : manipulez avec des gants et cherchez la soude libre, comme expliqué plus haut, avant que quiconque utilise le savon.
Dans le moule
| Problème | Ce que vous voyez | Causes habituelles | Que faire maintenant | La prochaine fois | Utilisable sans danger ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Fissures et cerveau d’extraterrestre | Une fente le long du dessus, ou un dessus plissé, brillant, entièrement gélifié | Trop de chaleur : travail à chaud, isolation lourde, sucres et lait, beaucoup de beurre, un parfum qui fait chauffer | Découvrez, surélevez le moule, ajoutez un ventilateur ; égalisez le dessus plus tard | Travaillez plus frais, isolez moins, mettez au froid les fournées sucrées | Oui, sauf s’il s’est séparé ou si les savons paraissent agressifs |
| Volcan | Le savon gonfle par une fissure et déborde du moule | Une forte surchauffe, d’ordinaire due aux sucres ou à l’alcool | Gants et lunettes ; transférez à la cuillère le débordement dans un moule de réserve ; refroidissez le pain | Comme pour les fissures | À tester d’abord |
| Cendre de soude | Une pellicule blanche, terne et poudreuse sur le dessus et les flancs exposés | De la soude encore en surface qui rencontre le dioxyde de carbone de l’air | Passez-la à la vapeur, rincez-la ou rabotez-la | Couvrez le moule ; travaillez plus chaud ; mettez un peu moins d’eau | Oui |
| Ne prend pas | Encore mou ou collant après deux ou trois jours | Trop d’eau, surtout des huiles molles, ou trop peu de soude active ; un pain gardé au froid peut demander un jour de plus | Attendez ; vérifiez les chiffres et la soude | Moins d’eau, plus de graisses dures, de la soude fraîche, du lactate de sodium | Oui, sauf s’il est gras ou suinte |
| Collé au moule | Le savon accroche ou se déchire quand vous essayez de le démouler | Encore trop mou ; de petites empreintes qui ne se sont jamais réchauffées | Attendez quelques jours, ou congelez-le et poussez-le dehors | Moins d’eau, du lactate de sodium, ou laissez le savon gélifier | Oui |
La plupart des problèmes de chaleur de ce tableau sont esthétiques ; le guide de la surchauffe explique quand ils ne le sont pas.
À la coupe
| Problème | Ce que vous voyez | Causes habituelles | Que faire maintenant | La prochaine fois | Utilisable sans danger ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Gel partiel | Un centre plus foncé et translucide entouré d’un anneau plus pâle | Les bords ont refroidi avant que le gel les atteigne | Laissez-le tel quel, ou essayez de réchauffer le savon dans un four doux | Isolez tout le moule, ou mettez-le entièrement au froid | Oui |
| Rivières de glycérine | Des veines ou un craquelé translucides dans un savon opaque, surtout avec du dioxyde de titane | Un refroidissement lent après le gel, beaucoup d’eau, le dioxyde de titane | Rien ; elles sont esthétiques | Une solution de soude à 33 % ou plus ; un refroidissement rapide après le gel ; le dioxyde de titane dispersé dans l’huile | Oui |
| Trous | De petits trous ronds dispersés dans le savon, ou un tunnel lisse au milieu | Trous ronds : de l’air emprisonné. Tunnels : une surchauffe | Rien ; rabotez ou refondez pour l’aspect | Faites sortir l’air du mixeur plongeant et tapotez le moule ; travaillez plus frais contre les tunnels | Oui, sauf si un trou contient du liquide |
| Points blancs | Des points blancs mous et cireux dans le savon, qui ne piquent pas | De la graisse riche en acides stéarique et palmitique qui a figé dans une pâte fraîche, ou une huile de palme mal fondue et mal remuée | Rien, une fois la soude écartée | Faites fondre et remuez tout le pot de palme ou de beurre ; travaillez plus chaud | À tester d’abord |
| Poches de soude | Des poches de liquide clair, ou des cristaux blancs durs et granuleux, dans le savon | Séparation, coulage à la fausse trace, soude mal dissoute, le fond aqueux de la casserole versé sans être mélangé | Gants aux mains ; ne l’utilisez pas ; jetez-le | Dissolvez entièrement la soude ; mixez jusqu’à une vraie émulsion ; laissez dans la casserole le fond strié | Non |
| Plages huileuses | Des poches d’huile, de l’huile qui suinte, ou une couche grasse sur le dessus | Un parfum qui ne s’est pas mélangé, une séparation, un surgraissage très élevé | Une fine pellicule peut se réabsorber en quelques jours ; testez | Testez les parfums ; mélangez toutes les huiles avant d’ajouter la soude | À tester d’abord |
| Friable ou cassant | Les savons s’effritent, s’écaillent ou éclatent à la coupe | Trop de soude, une cendre de soude profonde, une coupe trop tardive, trop de miel ou de lactate de sodium | Cherchez d’abord la soude ; si le test est bon, utilisez-le | Pesez soigneusement ; coupez quand le savon a la consistance d’un cheddar froid | À tester d’abord |
Une coupe au couteau lisse distingue les marques d’air des vrais points blancs ; voir plus bas.
Pendant la cure et le stockage
| Problème | Ce que vous voyez | Causes habituelles | Que faire maintenant | La prochaine fois | Utilisable sans danger ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Savon qui transpire | Des gouttelettes ou une pellicule collante sur des savons curés, par temps humide | La glycérine, le sel ou le miel qui attirent l’eau de l’air humide | Épongez, mettez dans une pièce plus sèche avec un ventilateur, puis emballez | Curez dans un courant d’air, déshumidifiez, emballez une fois la cure finie | Oui |
| Taches orange (DOS) | Des taches ou des marbrures orange des semaines ou des mois plus tard, avec une odeur de vieux | Des huiles insaturées qui s’oxydent, avec l’aide d’huiles vieilles, de traces de métaux, de la chaleur et de la lumière | Découpez les taches pour votre propre usage ; c’est irréversible | Des huiles fraîches, moins d’huiles polyinsaturées, de l’eau distillée, de l’EDTA et de l’extrait de romarin, pas de grilles métalliques | Usage personnel seulement |
| Changement de couleur | La couleur change dans la casserole ou pendant la cure, pâlit à la lumière, ou brunit, du beige au brun | Des colorants qui réagissent avec l’alcali (certains micas et colorants solubles, l’orcanette, la garance, le curcuma) ; la vanille du parfum ; le soleil | Rien ; le savon est bon | Des oxydes, des outremers et des micas testés en saponification à froid ; vérifiez la vanilline des parfums ; stockez à l’abri de la lumière | Oui |
| Parfum qui s’estompe | Parfum faible après la cure, ou disparu en quelques mois | Des notes de tête légères et des agrumes qui s’évaporent ; l’alcali qui dégrade certains parfums ; trop peu de parfum | Rien pour ces savons ; refondez-les pour ajouter du parfum | Dosez dans la limite du fournisseur ; ajoutez des notes de fond ; stockez emballé, au frais et à l’obscurité | Oui |
« Usage personnel seulement » : on ne connaît pas de tort qu’un savon rance ferait à la peau, mais il sent mauvais, et il ne doit être ni vendu ni donné.
Dans la casserole
La vitesse à laquelle la pâte avance dépend du parfum, de la chaleur, de l’eau et des corps gras. L’eugénol, le principal composé aromatique des huiles essentielles de clou de girofle et de feuille de cannelle, est l’accélérateur le mieux mesuré : dans les mesures de Dunn, la pâte épaississait plus vite quand il y en avait davantage, comme avec plus de chaleur et moins d’eau. Le guide de la prise en masse explique que faire en pleine fournée et comment tester un parfum avant de lui confier un pain entier. La fausse trace, qui est de la graisse froide qui fige et non du savon qui se forme, est traitée dans le guide de la trace. La séparation est le seul problème de casserole qui devient un problème de sécurité, et le guide du savon mou la traite en entier.
Dans le moule
Un pain s’échauffe tout seul. Trop de chaleur le fissure ou le fait sortir du moule, une chaleur qui atteint le cœur mais pas les bords laisse un gel partiel, et un pain frais dont le dessus est exposé à l’air se couvre de cendre de soude. Le guide de la surchauffe et le guide de la cendre de soude traitent de ces cas, et le guide de la phase de gel explique comment orienter un pain dans un sens ou dans l’autre.
Le gel partiel est esthétique, et il n’y a peut-être pas moyen de le défaire : Kelly Cable constate que rien ne change l’aspect une fois le savon pris. Rouse, elle, essaie : elle réchauffe le savon, coupé ou non, au four réglé au plus bas, d’ordinaire entre 63 et 77 °C (145 et 170 °F), pendant une heure environ, et le laisse refroidir lentement ; cela peut aider à atténuer l’anneau, sans qu’elle puisse promettre qu’il disparaîtra, même si certains savonniers qui ont essayé disent qu’il devient moins visible. Cable le prévient en mettant le pain frais dans un four à 77 °C (170 °F) jusqu’à ce qu’il ait gélifié uniformément. La prochaine fois, isolez tout le moule ou mettez-le au froid : c’est l’entre-deux qui cause l’anneau.
Un savon collé au moule est encore trop mou, et les petits moules à empreintes en silicone, qui perdent leur chaleur et gélifient rarement, sont les coupables habituels. Soap Queen met au congélateur un moule récalcitrant pendant 24 heures, et Anne-Marie Faiola, si le savon se déchire, le congèle jusqu’à ce qu’il soit dur ; un savon congelé ne fléchit plus, et il se détache d’un coup. Le lactate de sodium aide aussi : Corbion, qui le fabrique, le vend pour le savon solide afin de durcir les savons et de les aider à se détacher du moule. Le guide du démoulage et le guide des moules traitent du reste.
À la coupe
Les trous. Les trous ronds sont de l’air : battu dans la pâte par un mixeur plongeant mis en marche avant d’avoir été incliné pour laisser sortir l’air emprisonné, entraîné par la soude versée en éclaboussant, ou piégé en coulant une pâte épaisse. Soap Queen fait sortir l’air du mixeur, verse la soude le long de son pied et tapote fermement le moule une fois rempli. Un long tunnel lisse au milieu d’un pain est un tunnel de chaleur, laissé par une surchauffe.
Les points blancs. La plupart des points blancs à l’intérieur d’un savon sont de la graisse à point de fusion élevé qui a figé avant d’avoir pu s’incorporer. Amanda Aaron, de Lovin Soap, en a obtenu avec sa soude à 16 °C (60 °F) et ses huiles à 27 °C (80 °F), et travaille ses recettes riches en beurres entre 38 et 49 °C (100 et 120 °F) pour les éviter ; une huile de palme prélevée dans un pot à moitié fondu laisse de même sa stéarine en grumeaux : faites donc fondre et remuez tout le récipient avant de peser. Elle montre aussi qu’un coupe-savon à fil peut entraîner de minuscules bulles d’air en marques rondes qui ressemblent à des points : coupez une tranche au couteau lisse, et si les marques disparaissent, c’était de l’air. Des cristaux durs, vitreux ou humides sont une autre affaire ; traitez-les comme de la soude tant qu’ils n’ont pas été testés. Les traînées blanches peuvent aller dans un sens comme dans l’autre. Alicia Grosso constate que des traînées qui ne suintent ni ne scintillent signifient d’ordinaire un parfum ou un colorant mal incorporé, une simple question d’aspect, alors qu’un blanc scintillant et croûteux signifie trop de soude ; la règle de Susan Miller Cavitch est de s’assurer que des volutes blanches ne sont pas des morceaux de soude brillants avant de les ignorer.
Les poches de soude. Cavitch prévient que des flaques aqueuses ou huileuses dans la casserole « signal a poorly mixed solution that will result in pockets of solid lye in the final bars » : un mélange mal fait, qui laissera des poches de soude solide dans les savons. Si le dernier reste de pâte au fond de la casserole est aqueux et inégal, le mélange n’était pas terminé, et elle le laisse hors du moule.
Les savons friables ou cassants. Testez d’abord, car l’une des causes est un excès de soude. Si le savon passe le test, la cause habituelle est le moment de la coupe. Rouse coupe quand le pain a la consistance d’un cheddar sorti du réfrigérateur ; s’il est devenu trop dur, elle le réchauffe au four réglé au plus bas, en vérifiant toutes les 10 à 15 minutes, et le coupe avec une lame plate ou un fil, parce qu’un couteau à lame en biseau fend un savon ferme. Les savons au sel durcissent vite et doivent être coupés en quelques heures.
Les plages huileuses. Une fine pellicule d’huile sur le dessus d’un pain neuf, de moins de 3 mm environ (1/8 in), peut se réabsorber en un à trois jours, constate Faiola. Si ce n’est pas le cas, ou si l’huile forme des poches, traitez la fournée comme séparée. L’huile qui suinte de savons curés est souvent du parfum qui ne s’est jamais mélangé : essuyez-la, et la prochaine fois mettez moins de ce parfum et incorporez-le plus soigneusement. Grosso distingue les deux sortes de fuite : de l’huile qui suinte de savons coupés est d’ordinaire un excès d’huile essentielle, rarement grave, alors qu’une fuite aqueuse du bloc est de la solution de soude caustique due à une erreur de pesée, et la fournée va à la poubelle.
Pendant la cure
Deux des problèmes qui apparaissent après la coupe viennent de l’air. Un savon qui transpire, c’est de la glycérine qui attire l’eau d’un air humide, et cela ne fait aucun mal ; les taches orange, c’est l’oxygène qui fait rancir les corps gras, et elles sont définitives.
La couleur. Le savon frais est fortement alcalin, et beaucoup de colorants changent dans l’alcali. Les oxydes et les outremers gardent leur couleur. Faiola constate que certains micas virent, les bleus vers le violet et les verts vers le corail, tandis que d’autres pâlissent jusqu’à disparaître, et que beaucoup de colorants alimentaires s’effacent complètement dans un savon saponifié à froid frais. Ce sont les couleurs naturelles qui bougent le plus : l’alkannine, le pigment de la racine d’orcanette, passe du rouge au bleu en passant par le violet à mesure que le pH monte, et la curcumine, celle du curcuma, vire au rouge en milieu fortement alcalin. Beaucoup de couleurs naturelles pâlissent aussi à la lumière. Les parfums de type vanille font virer le savon du beige au brun en quelques jours ou semaines, en commençant par la surface ; c’est la vanilline, pas un défaut du savon. Le guide de la couleur et le guide des colorants naturels vont plus loin.
Le parfum. Les notes de tête légères, les agrumes avant tout, s’estompent les premières, et l’alcali du savon dégrade certains composés aromatiques. Faiola constate que l’huile essentielle d’orange ordinaire disparaît d’un savon saponifié à froid, alors que l’orange concentrée « cinq fois » ou « dix fois » tient mieux. La dose compte aussi, dans la limite de sécurité du fournisseur, et le stockage également : un savon curé garde son parfum plus longtemps emballé, au frais et à l’obscurité. Le guide pour parfumer le savon traite des doses et des limites.
Sauver, refondre ou jeter
| Situation | Que faire |
|---|---|
| Un défaut seulement esthétique : cendre, fissures, rivières, gel partiel, trous, couleur | Utilisez-le. Passez-le à la vapeur, rabotez-le ou égalisez-le pour l’aspect |
| Pris en masse, grainé ou séparé, encore mou, depuis un jour environ au plus | Cuisez-le en saponification à chaud jusqu’à ce qu’il soit homogène, puis testez-le |
| Légèrement et uniformément trop riche en soude, et vous savez pourquoi, par exemple une huile oubliée dont vous connaissez le poids | Refondez-le avec l’huile manquante, calculée, ou râpez-le pour la lessive, gants aux mains |
| Trop riche en soude, sans que vous sachiez pourquoi | Jetez-le |
| Durci avec des poches de soude, ou une couche huileuse sur une couche crayeuse qui pique | Jetez-le |
| Taches orange | Découpez-les pour votre propre usage ; la refonte n’y changera rien |
| Trop peu ou trop de parfum | Refondez avec plus de parfum, ou avec du savon non parfumé pour le diluer |
La cuisson de sauvetage est une saponification à chaud ordinaire appliquée à une fournée ratée ; le guide de la saponification à chaud explique la méthode, et le guide de la refonte comment ajouter une huile manquante, chiffres à l’appui.
Pour jeter une fournée sans danger, laissez-la durcir, puis enveloppez-la dans deux ou trois sacs, avec gants et lunettes, et mettez-la aux ordures ménagères. Ne versez jamais de pâte à savon ni de soude dans une canalisation.
Sources
Les notes sur ces sources sont sur la page anglaise, dans les termes vérifiés sur chaque document.
- The 'Water Discount' . Kevin M. Dunn, The Handcrafted Soapmaker 2008-2 , 2008.
- Little White Lyes . Kevin M. Dunn, lecture to the Handcrafted Soap and Cosmetic Guild , 2015.
- Trace Analysis . Kevin M. Dunn, lecture to the Handcrafted Soapmakers Guild , 2010.
- Caustic Soda Handbook . Occidental Chemical Corporation (OxyChem) , 2026.
- Zap test . DeeAnna Rouse, Classic Bells .
- Soap pH . DeeAnna Rouse, Classic Bells .
- Rescue oven processing . DeeAnna Rouse, Classic Bells .
- Tips for cutting a loaf of soap into bars . DeeAnna Rouse, Classic Bells .
- Soapy Mess-Up Quick Guide . Soap Queen (Bramble Berry) , 2015.
- What Are The White Spots In My Soap? . Amanda Aaron, Lovin Soap , 2017.
- Natural plant-derived compounds in food and cosmetics: a paradigm of shikonin and its derivatives . S. Malik, P. Brudzyńska and M. R. Khan, Materials 16(12):4377 , 2023.
- The chemistry of curcumin: from extraction to therapeutic agent . K. I. Priyadarsini, Molecules 19(12):20091-20112 , 2014.
- PURASAL S/HQ 60 sodium lactate for bar soap . Corbion .
- Soap Crafting . Anne-Marie Faiola, Storey Publishing , 2013.
- The Complete Photo Guide to Soap Making . David Fisher, Creative Publishing International , 2018.
- The Natural Soap Making Book for Beginners . Kelly Cable, Althea Press , 2017.
- Pure Soapmaking . Anne-Marie Faiola, Storey Publishing , 2016.
- The Everything Soapmaking Book, 3rd edition . Alicia Grosso, Adams Media , 2013.
- The Natural Soap Book . Susan Miller Cavitch, Storey Publishing , 1995.
- The Handbook of Soap Manufacture . W. H. Simmons and H. A. Appleton, Scott, Greenwood & Son (Project Gutenberg edition) , 1908.